Mon Histoire
Je suis née dans le Jura bernois sous le doux prénom de Nathalie. Enfant, je m’endormais en écoutant le chant de notre rivière. Je communiquais naturellement avec les animaux et d’autres êtres invisibles. Je ressentais ce qui se cachait derrière un sourire, un regard, un silence. Cette hypersensibilité a longtemps été un problème que j’ai « réglé » avec une attitude de sur-adaptation. Ma vie a basculé à 11 ans lorsque j’ai subi des atteintes sexuelles. Je me souviens de la mauvaise odeur du silence.
Plus tard je suis devenue éducatrice spécialisée. J’ai travaillé avec des personnes en profondes souffrances dans le domaine de la psychiatrie, de la toxicomanie et de l’accueil d’urgence. En parallèle de mon travail social, j’ai suivi plusieurs formations en lien avec la nature. Ma vie et ses accomplissements professionnels ont été le fondement de mon identité jusqu’à 35
ans.
Ma vie a basculé une deuxième fois lorsque je suis devenue maman et que j’ai appris les
diagnostics médicaux de ma fille. J’ai beaucoup lutté avec moi-même : je ne voulais pas de
cette enfant « en retard » qui mettait en lumière beaucoup trop de blessures que je ne
voulais pas voir, pas ressentir.
Puis un jour, ma fille âgée de 4 ans s’est applaudi après avoir accompli une tâche toute
simple alors que je la regardais, toute crispée devant ce qu’elle ne ferait jamais comme les
autres. Elle m’a donné un grand sourire plein d’amour et « m’a dit » avec ses grands yeux
bleus : « ‘T’en fais pas, maman, tout ira bien. Regarde, je sais faire ça ! » Et là, j’ai pleuré. J’ai
réalisé que derrière le mur de mes peurs et de mes rigidités mentales, il y avait tout l’amour
qu’elle me tendait et la promesse de la guérison de mes blessures d’enfant. J’ai cessé toute
activité professionnelle pour la scolariser à domicile et lui offrir un accompagnement
personnalisé. J’ai donc dû apprendre à m’estimer pour ce que je suis sans identité
professionnelle et avec une enfant étiquetée « handicapée » par la société.
Dans ce moment de découverte intérieure et de résilience, mes connexions spirituelles ont
fleuri plus que jamais dans le désert que je traversais. J’ai réalisé que j’avais souvent été
rejetée parce que je disais la vérité dans des situations où tout le monde préférait se taire.
J’ai beaucoup travaillé pour accéder à une autonomie intérieure, pour mon droit à exister
telle que je suis, libérée de l’approbation et du jugement des autres. J’ai également dû
apprendre à gérer mes « visions » qui parfois devaient rester silencieuses.
Plusieurs années plus tard, j’ai eu envie de célébrer la nouvelle femme que je devenais et j’ai
officiellement changé de prénom. Maïrane est née. J’ai mis en acte et en vibration mon
nouvel état d’être.
Mes cicatrices sont devenues ma médecine.